Dynamique de l'Angoisse.

Dynamique de l'Angoisse.
Encore un de ces matins où l'idée même de me lever me remplit d'effroi. Après une nuit remplie d'un sommeil plus léger que le vide spatial et plus agité que Clignancourt à une heure du matin, le bref mouvement de torsion que je dois effectuer pour sortir de mon lit suffit à m'envoyer une décharge d'adrénaline qui pourrait exciter dix taureaux pendant dix heures. Jusqu'où peut aller la névrose ? Vivre dix mondes par jour. Sentir un pincement dans son c½ur cent fois le même jour. Être comme dans la tête de mille autres personnes. L'identité n'est qu'une pâle illusion, un fantôme évanescent produit par je ne sais quelle chimie aléatoire du cerveau. L'homme sensible est un pantin d'atomes conscient de quelque chose d'intangible qu'il croit être lui. Ce pantin de matière est tiré par les innombrables ficelles des émotions dont la danse est incontrôlable mais que la divine raison voudrait absolument chorégraphier; c'est ce paradoxe qui confère à ce mode altéré de la nature qu'est l'homme-pantin ses mouvements désarticulés et saccadés dans l'existence. Son esprit est une antenne émettrice-réceptrice overclockée réglée sur ce putain de réel. Elle capte tout, travaille sans relâche, engendrant alternativement des moments irrationnels de déprime et d'espoirs infondés, et cela un grand nombre de fois par jour. La moelle de l'existence et de son absence de nécessité sont indéfiniment recueillies, frénétiquement, sans relâche. Aucune miette de temps n'est perdue, laissant si peu de place au repos salvateur. Où se situe le bouton « off » ?
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# Posté le lundi 16 novembre 2009 15:34

Modifié le lundi 30 novembre 2009 14:18

Analogie à deux balles et quelques années-lumière.

Analogie à deux balles et quelques années-lumière.
L'explosion d'une étoile lointaine en une supernovæ retentit dans un fracas qui fait trembler violemment l'espace et le temps. La douleur d'un amour perdu encore si cuisante secoue au même moment, et d'une violence égale, l'âme d'un homme. L'âme est aussi un univers et ses mouvements, pensées, sentiments et émotions, sont les objets presque physiques de celui-ci. L'intuition de ce qu'est le véritable patrimoine de l'homme peut nous traverser si on lève la tête vers le ciel lors d'une nuit sans nuages.
Levez la tête, bande de cons.
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# Posté le lundi 16 novembre 2009 13:18

Modifié le mardi 17 novembre 2009 16:57

Booba chante brel

Booba chante brel
Sommes nous toujours objectifs ? Pouvons nous seulement l'être et faire fi des détails pour reconnaître le vrai dans le marasme de tape à l'âme du quotidien, ne serait ce qu'un instant ? Un jour qu'il n'avait vraisemblablement rien de mieux à faire, un philosophe s'est posé la question de savoir si « une rose serait toujours une rose quand bien même on changerait son nom pour fleur de purin » (ou quelque chose dans ce goût là...), mais a-t-il jamais trouvé de réponse tranchée et nette dans cette quête d'absolu au sein d'un monde pétri d'illusions volatiles, fluctuantes ? La solution de l'énigme était pourtant évidente : quand la réponse ne te convient pas, reformule ta question. L'objectivité est elle une qualité humaine universellement accessible ? Existe-t-elle, tout simplement ? En première mondiale, LA réponse...

Prenez les paroles des plus belles ½uvres de Brel, Brassens ou même Barbara, et transposez ces bouleversants bouquets de mots composés sur le vif sur une orchestration de RN'B français de type « Tribal King ». Ecoutez. Vous entendez ? Ces textes superbes, empreints d'une émotion réelle, qui chamboulaient votre âme il y a quelques instants encore vous sont à présent inaudibles, intolérables de médiocrité tant la mélodie qui les étouffe s'avère poisseuse, indigente et exténuante. Et pourtant, si l'on excepte l'emballage, la poudre aux yeux, il n'est pas de différence réelle et, fondamentalement, la vérité et la beauté que véhicule la chanson reste inchangée. Oui mais voilà, nous n'écoutons déjà plus, car quelque chose de familier s'est brisé et le rideau de fer des apparences est tombé dans notre esprit. Là où l'on attendait de la crème, il n'est plus que du brouet. Parce que la première chose que nous entendons, dans le cas présent la musique, constitue une agression pour nos oreilles, la substantifique moelle nous glisse de la bouche en une glaire amère et nous décrochons. A la seconde où une situation nous déplaît, dans sa forme ou son fond, nous nous fermons et ne sommes plus capables d'objectivité.

Cette petite démonstration ne vaut pas grand-chose, j'en suis conscient, et la philosophie n'a jamais, jamais été mon point fort, je le confesse, mais je persiste à me dire qu'il n'est pas en ce monde une once d'objectivité véritable. Et à ceux que je vois déjà d'ici lever un sourcil sceptique, je poserais la question suivante : n'y réfléchiriez vous pas à deux fois avant d'acheter une douzaine de fleurs de purin le jour de la fête des mères ?
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# Posté le jeudi 24 septembre 2009 12:17

9 minutes 59 secondes et 3 millilitres

9 minutes 59 secondes et 3 millilitres
De temps à autres, la plupart du temps pour d'obscures raisons, il arrive que nous nous forcions à agir sans que le jeu en vaille véritablement la chandelle. On s'embarque dans une galère dont on sent qu'elle n'aboutira au final qu'à une amère déception dans le meilleur des cas, et on rame, aveuglément, sans même prendre le temps d'analyser l'énormité du gâchis que l'on s'apprête à mettre en place. Peut être devrait on réfléchir plus souvent avant d'agir. A titre d'exemple, souvenons nous de la douloureuse épopée nocturne de Robert Janvier.

Robert Janvier n'est pas exactement ce que l'on pourrait appeler un boy scout, sans que cela fasse de lui une ordure pour autant. Quand il voit une petite vieille hésiter à traverser la rue, il ne va pas l'aider, mais il ne la pousse pas non plus sous les roues du trente six tonnes qui passe par là à cet instant précis. Non, Robert se contente simplement de se dandiner avec nonchalance pour rejoindre le trottoir d'en face. Robert est un monsieur tout le monde comme nous en croisons tous les matins dans le miroir de la salle de bains. Et comme tous les monsieurs tout le monde du monde, Robert va se prendre une bonne mufflée au bar du coin le vendredi soir pour célébrer comme il se doit le début du week end tant attendu. Et qui pourrait bien le lui reprocher après tout? Comme cela à déjà été établi quelques lignes plus haut, Robert n'est pas très différent de vous ou moi, et après quelques godets de Poliakov pomme et huit long mois de solitude ponctués d'incessantes séances de masturbation, son esprit s'échauffe et l'envie de ramener à la maison un petit coup d'un soir se fait sentir. Soyons vernaculaires, Robert a faim et ce soir une petite chanceuse aura le droit à une performance moite et sordide aux relents de vodka bon marché, qu'on se le dise. Notre héros ordinaire scanne le troquet de son regard torve de félin neurasthénique, les sens en alerte. La victime du jour s'appelle Sandrine Basquiet, 35 ans, 80 kilos, secrétaire consciencieuse et appréciée de son employeur, un éminent proctologue; divorcée depuis peu, Sandrine aime le karaoké, les films affichant Julia Roberts au casting, les longues ballades cartes postales en bord de mer au soleil couchant avec pull autour du cou réglementaire et l'½uvre tardive de Gilbert Montagné. S'il était encore besoin de le préciser au sortir de ce résumé aussi déprimant qu'exhaustif de sa vie, Sandrine est ronde comme une queue de pelle en ce soir d'octobre, et si désespérément seule qu'elle acceptera de partager sa couche avec le premier queutard venu, rôle que tiendra volontiers Robert, notre playboy des comptoirs. Nos deux âmes en peine taillent un moment le bout de gras, leurs propos d'ivrognes résonnant encore sur les pavés ruisselants des nuits d'automne à la sortie du bar quelques heures plus tard. Robert est sûr de prendre du bon temps, son plan parfaitement huilé s'est déroulé sans accroc et il goûtera ce soir à la chair molle et triste du gibier rudement traqué. On verra bien demain pour le reste. Oui mais voilà, demain arrive toujours plus tôt qu'on ne pourrait l'imaginer, et lorsqu'il ouvre les yeux, Robert doit faire face à un passé pas si simple que ça. Sueur, stupeur, nausée et regrets assaillent notre homme. Notre improbable Casanova sait ce qu'il a fait, et s'il prétend ne pas s'en rappeler, Sandrine se fera très certainement un plaisir de lui rafraîchir la mémoire avant d'utiliser sa salle de bains sans se soucier de laisser un peu d'eau chaude au suivant ou de nettoyer derrière elle. Rassurez vous, Robert s'en tirera à bon compte, car malgré toute la sympathie que nous avons pour lui, il faut bien avouer que notre ami n'est pas nécessairement plus agréable à regarder ni à écouter que sa conquête de la veille, et cette dernière aura tôt fait de quitter sans regrets le meublé où elle a passé la nuit, honteuse et dégoûtée d'elle même. C'est une fin comme on les aime non? Pas de victoire, encore moins de morale dans tout ça, simplement un type comme les autres avec une gueule de bois comme il n'en avait encore jamais connu qui fouille le fond de la poubelle à la recherche d'un emballage de préservatif pour savoir s'il doit prendre rendez vous au centre de dépistage du coin. Aaaaah Robert, Robert, Robert...
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# Posté le samedi 19 septembre 2009 13:15

Modifié le samedi 07 novembre 2009 14:02

A deux pas de la blanche chapelle

A deux pas de la blanche chapelle
En chaque homme someille un monstre. Terrée dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine, la bête attend son heure et grossit lentement, sûrement. Qu'on le veuille ou non. Pour la plupart d'entre nous, la simple idée de laisser ressurgir l'abject, ne serait ce qu'une seule seconde, paraît intolérable. Nous préférons être d'irréprochables esclaves en attente de la promesse d'un siège réservé à la droite du saint père plutôt que de forger l'histoire en se préparant à la damnation. Vivre éternellement en ne soulevant rien de plus dans nos sillages que la poussière qui recouvrira nos tombes ou nous condamner à l'impensable en tentant de vivre libres, voilà le seul véritable choix qui nous reste dans cette farce grotesque qu'on appelle la vie. Je refuse d'être un mouton de plus dans le troupeau, je refuse de subir mon existence et de ne rien accomplir de plus que toutes ces ombres qui peuplent les cimetières. Ce soir, je m'apprête à entrouvrir la porte de mon enfer personnel, je laisse le chaos et l'horreur de ce que je suis vraiment éclater sous la lueur blafarde de la lune londonienne. Ce soir du 31 Août 1888, j'entre dans la légende, et les générations futures parleront de moi comme de celui qui aura fait entrer le monde dans le vingtième siècle. Et vous, qu'allez vous faire?
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# Posté le jeudi 10 septembre 2009 05:50

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 09:29